Ma place de Prof-Doc en ICN 2nde

Après une année passée à compter les mouches, je reprends du service. Non que les missions inhérentes aux professeurs documentalistes n’aient pas compté pour moi l’an dernier (je m’en suis consciencieusement acquitté, tu t’en doutes), mais mes projets autour de ce que l’on nomme sommairement la culture numérique n’ayant pas vu le jour, j’ai le sentiment d’avoir vécu une année blanche.

Cette année, comme convenu, je participe à la mise en place de l’enseignement d’exploration Informatique et Création Numérique. Cela concerne les élèves de Seconde. Nous avions prévu d’ouvrir l’option facultative ICN en 1ère ES mais faute d’élèves intéressés (faute surtout d’une communication digne de ce nom auprès des élèves et de leurs parents), il ne se passera rien cette année à ce niveau. Je profiterai ainsi des prochains mois pour effectuer un lobbying éhonté auprès des élèves, en sachant qu’à la rentrée 2017, nous ouvrirons cette option à l’ensemble des élèves de 1ère. Nous pourrons envisager un groupe en 2nde et un autre en 1ère, ce à quoi il serait bon de réfléchir dès maintenant pour éviter les redites d’une année à l’autre.

Pas de pratique sans connaissances

Nous sommes trois enseignants (Mathématiques, Physique orientée ingénieur et Professeur Documentaliste). A l’issue de la première réunion de travail, nous sommes convenus, sans surprise, que je me chargerai de la partie « info-com » quand eux feront découvrir aux élèves le HTML, les algorithmes puis le Python et Arduino. En ce qui me concerne, l’objectif est double. D’abord, en ce qui concerne les élèves, il s’agira, à minima, de les guider dans la recherche documentaire, et au mieux de leur faire acquérir des connaissances en culture digitale, d’améliorer leurs méthodologies de travail et leur organisation des savoirs. Chaque groupe devra creuser un sujet en rapport avec la société du numérique et les internets (réseaux sociaux, moteurs de recherche, big data, empreintes et données personnelles, etc.) en le traitant autant sur le plan technique qu’en fonction des problématiques majeures qu’il engendre : éthiques, politiques, citoyenneté, etc. Ces connaissances constitueront le ciment d’un exposé oral, dont les grandes lignes seront matérialisées dans le site web qu’ils auront créé ex-nihilo.

L’autre objectif est ensuite plus personnel. Il se peut que dans un futur proche, je sois amené à remplacer mon collègue de mathématiques parti alors à la retraite. Dépositaire, pour l’instant dans notre établissement, des connaissances en développement et en programmation, il devra passer le relais pour que ICN, tant en Seconde qu’en Première soit pérennisé. Ainsi, dès cette année, au même niveau que les élèves, je me formerai aux savoirs et compétences techniques. J’ai des souvenirs de HTML et de CSS, mais pas de quoi assurer un cours. Quant aux algos et autres logiciels de programmation, n’en parlons pas. Cette formation in situ ne pourra qu’enrichir mon bagage en vue des formations académiques que je vais effectuer dès cette année.

J’ai toujours admis, et je ne suis pas le seul, que notre métier de professeur documentaliste était au croisement des sciences de l’information et de la communication, des sciences de l’éducation, et de l’informatique et du numérique. L’enseignement d’exploration ICN, et l’an prochain l’option du même nom, me permet d’exister activement, pédagogiquement, et non symboliquement, en tant que prof-doc.

Poitiers, terre hostile

Un dernier mot sur le séminaire national qui s’est déroulé début juillet à Poitiers au sujet d’ICN. J’attendais, sans trop d’espoir, le programme de l’option en 1ère. Le projet de programme qui avait été publié quelques semaines plus tôt n’augurait rien de bon tant il était orienté technique. Malgré deux conférences, pertinentes et franchement intéressantes, la première proposée par Etienne Ollion, sociologue au CNRS à Strasbourg, la seconde donnée par Bruno Bachimont de l’Université de Technologie de Compiègne, dans lesquelles le numérique est réellement posé comme un milieu à part entière et non comme une simple collection d’outils, (mon mantra habituel, je buvais du petit lait), la douche froide est venue de la représentante du groupe de recherche responsable du programme.

Presque intégralement orienté techniques et sciences dures, il laisse une part famélique aux enjeux qui me paraissent indiscutables mais qui semblent pourtant méprisés par les cerveaux responsables du programme de 1ère. Au moment des questions-réponses, lorsque je lui ai demandé pourquoi la culture numérique était à ce point absente, la représentante du collège des enseignants chargés de rédiger le programme a tenté de noyer le poisson. Elle a d’abord affirmé qu’elle n’aimait pas le terme de culture numérique, qu’il fallait principalement penser en termes de code et d’algorithmes, puis elle a tenté un exercice périlleux d’équilibre en argumentant sur l’éducation aux médias, pour finir par confesser, cette fois en tête à tête (on m’avait dépossédé du micro) que (je cite) « on a un problème avec les info-com, on ne sait pas où les mettre. » Je m’apprêtais à lui dire que j’en avais une petite idée, modestement mise en place dans mon établissement par mes soins, quand une professeure de mathématiques a courtcircuité notre conversation au grand soulagement de la rapporteuse du programme en ICN, chercheuse et maître de conférence en Informatique. J’ajoute que l’hostilité de cette prof de maths s’est également révélée lors de l’atelier que je présentais dont le libellé était pourtant explicite (personne ne l’obligeait à venir) mais dont elle a publiquement douté de la pertinence.

Cet atelier proposait de replacer les usages numériques des élèves dans le temps et dans l’espace. En d’autres termes, qu’ils découvrent qu’il y a une histoire, des enjeux multiples, des fonctionnements et des personnalités derrière Facebook, Google, Wikipedia et consorts. On est en plein dans ce qu’il convient de nommer Culture numérique, cet étrange objet qu’on ne sait où mettre, cette culture dont on ne sait que faire alors qu’elle irrigue aujourd’hui nos vies et enrichit notre culture générale.

A suivre…